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L'église et la démographie chrétienne

Pour l'Eglise, la pilule pollue l'esprit, la nature et les hommes

Des médecins catholiques avancent que les hormones rejetées dans la nature par les femmes sous pilule stérilisent les hommes.


Nouvel assaut contre la pilule du côté du Vatican. Samedi, l'Osservatore Romano, le journal du Saint-Siège, a publié un article signé de Pedro José Maria Simon Castellvi, président de la Fédération internationale des associations de médecins catholiques.

Son argument peut étonner. Il n'est pas d'ordre moral mais d'ordre écologique: la pilule contraceptive aurait "des effets dévastateurs sur l'environnement".

L'article va même plus loin puisque cet "effet anti-écologique clair" serait en partie à l'origine de l'infertilité masculine. Cause de cette stérilité induite: les hormones rejetées dans la nature par les femmes sous pilule.

"Nous avons suffisamment de données pour affirmer qu'une cause non négligeable de l'infertilité masculine (marquée par une baisse constante du nombre de spermatozoïdes chez l'homme) en Occident est la pollution environnementale provoquée par la pilule."


Cette sortie intervient à l'occasion du quarantième anniversaire de l'encyclique "Humanae Vitae". Ce texte, qui remonte au pape Paul VI, prohibait l'usage de la pilule et du préservatif pour les catholiques.


"Prophétie scientifique"


Quarante ans plus tard, l'Osservatore Romano voit toujours dans ce texte de Paul VI "une prophétie scientifique". Prophétie? La contraception a longtemps charrié pas mal de fantasmes plus ou moins crédibles scientifiquement. En 1972, le micro-trottoir de l'émission "Hebdo-Vie moderne" nous fait découvrir que les femmes interrogées sont encore loin d'être convaincues. 


L'année suivante, c'est Georges Pompidou qui botte en touche après la question d'une journaliste au cours d'une conférence de presse filmée. Mais il est vrai que le président d'alors en est encore à ériger l'ouverture de l'Inspection des finances aux femmes comme un exemple de libération féminine.


Trois décennies plus tard, en 1995, le Vatican revenait à la charge pour dénoncer "la culture de la mort" de ces couples modernes qui décident de "faire passer les avantages matériels, les avantages économiques, le confort, avant l'accueil de la vie".


"Désobéissance civile", disait le Pape


Nous sommes en 1995 et Jean-Paul II estime qu'il est temps que ses contemporains catholiques passent à "la désobéissance civile" puisque la contraception est "une des premières choses à remettre en case dans la société".


Successeur de Jean-Paul II, Benoît XVI a récemment réaffirmé son soutien à cette même encyclique "Humanae Vitae". Pourquoi? Parce que "exclure la possibilité de donner la vie au moyen d'une action visant à empêcher la procréation signifie nier la vérité intime de l'amour conjugal".

 

 

Bel article à reprendre de Rue 89 avec des retours à des archives de l'INA fort intructives : 40 ans après même idéologie. Un bon exemple de conservatisme à la rescousse de la démographie ! Ce qui intrigue davantage, ce sont les arguments aujourd'hui avancés à connation scientifique. De l'église, rien ne surprend mais du monde scientifique, c'est plus inquiétant. L'argument provient, il est vrai, de l'association des médecins catholiques. Cette fois, l'argument n'est pas moral ou idéologique. Non, l'argument est écologique !


La pilule contraceptive serait  la cause d'une pollution environnementale agisant sur la fertilité masculine. Grenelle, n'y avait pas songé ! Au nom du développement durable, il n'y a plus qu'à revenir sur la loi Neuwirth !


Comme quoi écologie et religion font parfois bon ménage et peuvent participer d'attendus idéologiques connexes. A moins que, finalement, on n'ait rien compris, que celles et ceux, surtout celles, qui ont porté très haut les revcendications féminines, il y a plus de quarante ans  n'aient rien compris aux conséquences morales et démographiques des civilisations dites très avancées. A n'en point douter, leurs intérêts devaient être bêtement égoïstes !


Tout cela ne doit cependant pas manquer d'interroger sur les mécanismes d'une civilisation en quête de points de repères. Et qui, faute d'en trouver, réinvente ceux d'hier, sinon d'avant-hier. Les exemples ne manquent pas. Nous sommes bien dans le schéma exploré par l'américain Samuel Huntington après l'historien français Fernand Braudel. Les civilisations sont essentiellement marquées par les religions. Les affrontements, explique-t-il, en porteront désormais la signature. Avait-il songé que la pollution des idées irait jusque là ?

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