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4 novembre 2009 3 04 /11 /novembre /2009 12:00

Dans La pensée sauvage (Plon, 1962), Claude Lévi-Strauss remplace la distinction usuelle entre “science du concret” et “science abstraite”, par celle qu'il propose entre le bricoleur et l’ingénieur.



L’ingénieur est ainsi, selon lui, à l’instar de la science moderne qu’il symbolise, extérieur au monde auquel il impose son projet. Tout entier dans la culture, dont son projet est l’expression, il est face à une nature insignifiante en soi à laquelle il donne justement du sens par son action.


Le bricoleur, au contraire, est à la frontière indistincte (et archaïque) entre nature et culture. Il fait partie du monde dans lequel il doit construire, avec les moyens du bord, son objet. Il agence autrement des signes déjà là, sans pouvoir même distinguer aussi clairement que l’ingénieur outil et matière : il n’a pas affaire, par exemple, à du bois ou du fer mais à un morceau de bois.

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Le bricoleur manie des signes, l’ingénieur des concepts.


Le bricoleur, enfin, est une sorte d’esthète qui prend plaisir dans la simple combinaison nouvelle qu’il réalise (le résultat obtenu est alors secondaire, le plaisir de l’éventuel succès venant de surcroît) alors que l’ingénieur, qui a au préalable tout calculé pour que “ça marche”, n’éprouve généralement de véritable plaisir qu’à cette condition.

 

 

Lire et relire ces pages, brillantes de clarté, de Claude-Lévi-Strauss.


Il est clair que l'analyse qu'il propose ne peut que servir la réflexion sur la pratique pédagogique, par exemple, et, plus généralement, toute pratique. Il est non moins clair q'il n'y a pas à opérer une quelconque hiérarchisation comme l'approche moderne tend parfois à le faire. La conception qu'il suggère est, à l'évidence, très éloignée de ce qu'en langage contemporain, on appelle, pragmatique, le plus souvent fondée sur l'intuition de l'instant quand ce n'est pas sur l'opportunisme de la situation. 

 

Précédente publication le 6 décembre 2008.


On ne pouvait  pas le publier à nouveau, le jour de la disparition de celui qui restera probablement l'un des plus grands esprits du 20e siècle.

 

(Suite prochainement)

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Published by Yves Marion - dans Mes lectures