Claude Lévi-Strauss a 100 ans.
Bonne raison pour reprendre certains textes du talentueux ethnologue. Il est l'un des grands penseurs de notre époque.
Pour l'événement, cette réflexion sur la famille, nous a paru de circonstance. "Quand on voyage lentement et avec peine, il faut faire des haltes fréquentes et prolongées; et si l'on est capable de voyager beaucoup et vite, on devra également, bien que pour des raisons différentes, s'arrêter souvent pour souffler. Il est aussi vrai que plus il y a de routes, plus les chances sont nombreuses qu'elles se croisent. La société impose à ses membres individuels, et aux groupes auxquels leur naissance les rattache, des chassés-croisés continuels. Considérée sous cet angle, la vie de famille ne répond à rien d'autre qu'au besoin de ralentir la marche aux carrefours et d'y prendre un peu de repos. Mais la consigne est de poursuivre la marche, et la société ne consiste pas plus en familles que le voyage ne se réduit aux gîtes d'étapes qui suspendent momentanément son cours. Des familles dans la société, on peut dire, comme des pauses dans le voyage, qu'elles sont à la fois sa condition et sa négation."
Le regard éloigné, Plon, 1983, p. 92
Précédentes publications : 28 novembre 2007 et 8 décembre 2008
On ne pouvait pas publier à nouveau, le jour de la disparition de celui qui restera probablement l'un des plus grands esprits du 20e siècle.