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Le château de Moyaux se sépare de ses beaux trésors

Le château de Moyaux se sépare de ses beaux trésors



«Les livres étaient le jardin secret de mon mari», raconte Ingrid, l'épouse de Philippe Charles-Dubreuil. : Photos Stéphane Geufroi«Les livres étaient le jardin secret de mon mari», raconte Ingrid, l'épouse de Philippe Charles-Dubreuil. : Photos Stéphane Geufroi

Philippe Charles-Dubreuil nourrissait la passion de la Normandie, celle des livres et des manuels d'érudits. Son incroyable collection est vendue aux enchères ce week-end, à Moyaux.

L'histoire

Dès le début de leur relation, Philippe Charles-Dubreuil avait posé une exigence. « Il me demandait de lire un roman de La Varende. Puis deux, puis d'autres. Il me disait : lisez, nous verrons bien après... » Ingrid Tusch, sa future femme, avait fui la Bohême, en Europe centrale, vers l'Allemagne. Armé d'un dictionnaire franco-allemand, elle lit tout ce qu'elle peut, amoureuse qu'elle est. Les livres lus, ils se marient en 1964 et s'installent au château du Val-Séry à Moyaux, propriété de la famille Charles.

Ingrid a toujours su offrir une place aux livres de son mari. « À table, le soir avec les enfants, nous nous distribuions des phrases de La Varende. » Toujours lui, cet écrivain normand qui ne tarissait pas d'éloge sur les femmes et la Normandie. « Il ne lui manquait pas un de ses romans. » Philippe Charles possédait aussi les ouvrages de Célestin Hippeau, de l'abbé Cochet ou de Louis Boivin-Champeaux. Et des dizaines d'autres encore. Tous racontent l'histoire de sa région, depuis le XVIe siècle jusqu'à la période contemporaine. « Il les achetait en cachette parfois, quand nous traversions une période difficile financièrement. »

Cette passion des livres, Ingrid n'a jamais vraiment osé l'approcher. « C'était son jardin secret. Quand je m'y intéressais, il semblait flatté. Mais il n'a jamais vraiment échangé à ce sujet. » Pas même en direction de leurs cinq enfants.

« Nous les vendrons »

Quelque temps avant sa mort, à 84 ans, il a toutefois narré le début de son amour des livres à sa femme : « Il était scolarisé à Évreux. Un après-midi de 1940, après l'école, sa mère est venue le chercher mais ils ne savaient pas où aller car il pleuvait. Elle l'a emmené à la bibliothèque municipale. Il avait 16 ans. »

Il en avait aussi écrit la fin de l'histoire : « Il m'avait dit : si un jour nous avons besoin de le faire, nous les vendrons. » Ce jour-là est arrivé. Les droits de succession sont à payer. Ingrid n'a pu se résoudre à faire une sélection dans cette incroyable collection. Son coeur s'est serré le jour où elle a pris sa décision.

Ni aujourd'hui ni demain, elle n'assistera à la vente de la bibliothèque de son époux. « Je n'aurai pas le courage. »

Peut-être observera-t-elle quand même, depuis sa fenêtre, le théâtre des enchères organisées dans la cour du château.


Angélique CLÉRET.
Ouest-France de ce jour 26 septembre 2009)

(Message de Jean-Paul Hervieu)
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