Histoire de l'école primaire, littérature pour la jeunesse, Paul-Jacques BONZON, Amis de l'ancienne baronnie de Néhou, anciens du collège de Périers (50), recherches généalogiques et historiques, Société des Antiquaires de Normandie, Société d'archéologie et d'histoire de la Manche....
Par Yves Marion

Les "classiques" des sciences sociales hantent les mémoires. On n’en finit pas de s’y appesantir, comme une sorte de retour à un point d’origine disciplinaire aussi fuyant qu’il s’impose pourtant sans condition à la conscience de leurs successeurs. Avec d’autres prétendants au statut de "fondateur", Émile Durkheim rôde encore. Pas un manuel ni une histoire de la sociologie qui ne fassent l’économie d’un développement sur l’un des héros de la période de constitution disciplinaire de la sociologie, vers la fin du 19e siècle. La bibliographie sur Durkheim est si abondante qu’à la simple considération du titre de l’ouvrage coordonné par Bernard Valade, Durkheim, l’institution de la sociologie, on peut d’abord s’avouer perplexe. Sur la fondation de la sociologie durkheimienne (et plus encore de la sociologie tout court), resterait-il seulement des choses nouvelles à écrire ? C’est que cette œuvre immense a fait l’objet d’innombrables études, des commentateurs lui ont dédié leur carrière, une revue s’y consacre même (Durkheimian Studies). Ce Durkheim investit donc un champ archi-encombré. Plutôt court (171 pages), cumulant six études dispersées sur le plan thématique, le livre ne révolutionne certes pas l’histoire de la pensée sociologique – là n’est pas l’ambition affichée de toute façon –, mais il apporte, à l’occasion des cent-cinquante ans de la naissance de l’auteur des Règles de la méthode sociologique, des éléments susceptibles d’intéresser les spécialistes de l’histoire de la sociologie. Les essais s’appliquent à montrer que le travail de Durkheim n’est pas un monolithe épistémique obsédé par des principes rigides, mais bien plutôt un ensemble traversé par des inflexions méthodologiques, des revirements conceptuels stratégiques, quelques inconséquences théoriques, des obscurités même. Donner à voir la complexité de la pensée durkheimienne constitue l’intérêt premier de l’ouvrage ; c’est au moins une justification éditoriale et scientifique recevable.
Dans le premier chapitre, Marcel Fournier livre une courte note sur la carrière de Durkheim. Elle reprend en quelques paragraphes le travail biographique monumental, passionnant et quasi définitif de Fournier, publié récemment chez Fayard . Ce digest a pour mérite de clarifier des points souvent mal compris de la trajectoire de Durkheim, notamment son rapport au judaïsme ou son engagement dans la vie publique. Évitant toute sacralisation, Fournier présente un travailleur acharné, animateur d’une "équipe" intellectuelle (symbolisée par L’Année sociologique), propagandiste persévérant de la science sociale. Il montre aussi que Durkheim est un pur produit de la Troisième République. Bernard Valade, pour sa part, revient sur un sujet classique : la définition d’un "domaine scientifique" pour la sociologie. C’est un contrepoint épistémologique utile à l’article de Fournier. La revue de la littérature secondaire permet de faire le point sur l’historiographie durkheimienne. Avec érudition, Valade ajoute quelques éléments nouveaux sur la prétention scientifique de Durkheim, ou du moins rétablit des choses oubliées.
Titre du livre : Durkheim, l'institution de la sociologie
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