Le Connétable des Lettres n'est jamais aussi bon que lorsqu'il dépeind sa région :
"Avez-vous jamais, vous qui lirez ces pages, voyagé à travers ces marais du Cotentin qu'on a essayé de décrire, et qui sont assez vastes pour que seulement les traverser puisse vous paraître un voyage?...Si c'est vers la fin de l'automne ou en plein hiver que vous les avez parcourus, vous avez pu juger ce qui appartient à la nature de ces parages, qui coupent sur le fond si riant ailleurs de la Normandie, et à l'originalité mélancolique qui les distingue. Or, c'est surtout l'hiver qu'il faut voir les marais, devenus des vallées d'eau infinies, désolées, monotones et que rien n'anime plus, sinon les pauvres bateliers, -qui, par tous temps, tirent au grelin leurs bateaux à tangue le long des chemis de halage, engloiutis et couverts par la Douve débordée, - et quelques rares et intrépides chasseurs de sarcelles et de canards sauvages, plongés dans l'eau stoïquement jusqu'aux reins pour ajuster de plus près, sur le gibier qu'ils veulent abatre, les coups de leurs longues canardières...."
Ce qui ne meurt pas. La Pléïade. T.II. P. 527.