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19 septembre 2019 4 19 /09 /septembre /2019 09:15

" Rien n'est plus dangereux pour la démocratie que d'avoir laissé le capitalisme réduire les gens au silence pour leur vendre plus de choses encore. les gens se vengeront. Pour le pire ou le meilleur".

Jacques ATTALI, Histoires de l'alimentation, p. 263

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Published by Yves Marion - dans Mes lectures
13 janvier 2019 7 13 /01 /janvier /2019 12:00
La Cour du Lion
Sa Majesté Lionne un jour voulut connaître
De quelles nations le Ciel l'avait fait maître.
Il manda donc par députés
Ses vassaux de toute nature,
Envoyant de tous les côtés
Une circulaire écriture,
Avec son sceau. L'écrit portait
Qu'un mois durant le Roi tiendrait
Cour plénière, dont l'ouverture
Devait être un fort grand festin,
Suivi des tours de Fagotin.
Par ce trait de magnificence
Le Prince à ses sujets étalait sa puissance.
En son Louvre il les invita.
Quel Louvre ! un vrai charnier, dont l'odeur se porta
D'abord au nez des gens. L'Ours boucha sa narine :
Il se fût bien passé de faire cette mine,
Sa grimace déplut. Le Monarque irrité
L'envoya chez Pluton faire le dégoûté.
Le Singe approuva fort cette sévérité,
Et flatteur excessif il loua la colère
Et la griffe du Prince, et l'antre, et cette odeur :
Il n'était ambre, il n'était fleur,
Qui ne fût ail au prix. Sa sotte flatterie
Eut un mauvais succès, et fut encore punie.
Ce Monseigneur du Lion-là
Fut parent de Caligula.
Le Renard étant proche : Or çà, lui dit le Sire,
Que sens-tu ? dis-le-moi : parle sans déguiser.
L'autre aussitôt de s'excuser,
Alléguant un grand rhume : il ne pouvait que dire
Sans odorat ; bref, il s'en tire.
Ceci vous sert d'enseignement :
Ne soyez à la cour, si vous voulez y plaire,
Ni fade adulateur, ni parleur trop sincère,
Et tâchez quelquefois de répondre en Normand.
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27 décembre 2018 4 27 /12 /décembre /2018 11:11

" On ne tombe jamais deux fois dans le même abîme. Mais on tombe toujours de la même manière, dans un mélange de ridicule et d'effroi."

Eric Vuillard, L'ordre du jour, Paris Actes Sud, 2017, p. 150. Prix Goncourt 2017

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Published by Yves Marion - dans Mes lectures
16 décembre 2018 7 16 /12 /décembre /2018 11:11
"Dieu n'accepte pas les murmures du peuple".

Jean Teulé, Entrez dans la danse, p. 29

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12 septembre 2018 3 12 /09 /septembre /2018 14:22

".. je suis en mesure de les mettre au pas, tous autant qu'ils sont..." Lewis Carrol l'auteur bien connu d'Alice, De l'autre côté du miroir, fait présenter à Heumpty Deumpty  une définition bien à lui du vocabulaire et du sens des mots.

A une observation d'Alice sur la signification des mots, Heumpty Deumpty fait cette réponse intéressante : "Lorsque moi j'emploie un mot... il signifie exactement ce qu'il me plait qu'il signifie...ni plus, ni moins".

Réponse qui ne peut évidemment satisfaire Alice : "La question, dit-elle, est de savoir si vous avez le pouvoir de faire que les mots signifient autre chose que ce qu'ils veulent dire." 

Question qui est d'une terrible pertinence en particulier lorsqu'on la rapporte à un fonctionnement de société essentiellement fondé sur un langage de communication. 

Sans doute excédé par ce besoin d'approfondir pour ne pas demeurer dans l'écume des choses ou dans le bruit de la communication, l'interlocuteur donne une réponse à méditer : "La question riposta Heumpty Deumpty, est de savoir qui est le maître... un point, c'est tout".

Cette façon d'imposer en dit long et mérite assurément une profonde réflexion surtout si, par extension, on l'applique à des champs connexes... 

Lewis CARROLL, "Heumpty Deumpty", De l'autre côté du miroir in Tout Alice, GF Flammarion, 1979, p. 281.

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11 septembre 2018 2 11 /09 /septembre /2018 13:51

"... peut-être, ce qui change le plus de couleur au-delà des frontières, est-ce la misère ?"

Selon Georges Simenon, il y a celle bien connue des quartiers pauvres de Paris. "C'était, dit-il, une misère que l'on comprenait, dont on pouvait retrouver l'origine et suivre la progression". Mais il y en a une autre qu'il découvre aux Etats-Unis : "Ici,il (Maigret) soupçonnait l'existence d'une misère sans haillons,bien lavée, une misère avec sale de bains, qui lui paraissait plus dure, plus implacable, plus désespérée." Nous sommes en 1949, lorsque Georges Simenon livre cette réflexion profonde.

Georges SIMENON, Maigret chez le coroner, Paris, Presses Pocket, 1952, p. 77-78.

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27 mars 2018 2 27 /03 /mars /2018 11:25

Dans son ouvrage référence, La Démocratie en Amérique,  Alexis de Tocqueville, s'interroge sur l'avenir de la démocratie quand des pouvoirs intermédiaires ne formeraient plus qu'un obstacle entre gouvernants et gouvernés. Une administration publique, au fur et à mesure que l'individu aspire à davantage de liberté "devient plus inquisitive... et s'immisce de plus en plus". Dans ces conditions, quelle part d'initiative finira par laisser un Etat aux citoyens  quand il entend pourvoir à tout, et que les mêmes citoyens attendent tout de l'Etat ? Tocqueville redoutait, par dessus tout, l'étatisme jacobin pourvu "d'un monstrueux pouvoir tutélaire". En même temps, le Normand, aussi président du Conseil général de la Manche, mettait en garde contre une forme d'individualisme qui, dans une société démocratique, ne déboucherait que sur la défense d'intérêts immédiats, ou d'avantages acquis, parfois contraires à l'intérêt général de la collectivité. Il faut relire Tocqueville. L'association constitue le bon moyen de lutter contre cet individualisme et participe de l'éducation du citoyen pour autant que le principe moteur, on pourrait même dire, une éthique, en soit, ce qu'il appelle : "l'intérêt bien entendu" qui, situé entre le strict intérêt individuel et le désintéressement, répond à la fois aux intérêts particuliers et à l'intérêt général.

Citons Tocqueville lui-même. 

"Il est, en effet, difficile de concevoir comment des hommes qui ont entièrement renoncé à l’habitude de se diriger eux-mêmes pourraient réussir à bien choisir ceux qui doivent les conduire ; et l’on ne fera point croire qu’un gouvernement libéral, énergique et sage, puisse jamais sortir des suffrages d’un peuple de serviteurs. (note) 

Une constitution qui serait républicaine par la tête et ultra-monarchique dans toutes les autres parties, m’a toujours semblé un monstre éphémère. Les vices des gouvernants et l’imbécillité des gouvernés ne tarderaient pas à en amener la ruine ; et le peuple, fatigué de ses représentants et de lui-même, créerait des institutions plus libres, ou retournerait bientôt s’étendre aux pieds d’un seul maître."

De la démocratie en Amérique, tome II, éd.1866, vol. 3, partie 4, chap. VI (Wikisource)

La note introduite par l'auteur mérite autant d'importance :

"On ne peut pas dire d’une manière absolue et générale que le plus grand danger de nos jours soit la licence ou la tyrannie, l’anarchie ou le despotisme. L’un et l’autre est également à craindre, et peut sortir aussi aisément d’une seule et même cause qui est l’apathie générale, fruit de l’individualisme ; c’est cette apathie qui fait que le jour où le pouvoir exécutif rassemble quelques forces, il est en état d’opprimer, et que le jour d’après, où un parti peut mettre trente hommes en bataille, celui-ci est également en état d’opprimer. Ni l’un ni l’autre ne pouvant rien fonder de durable, ce qui les fait réussir aisément les empêche de réussir longtemps. Ils s’élèvent parce que rien ne leur résiste, et ils tombent parce que rien ne les soutient.

Ce qu’il est important de combattre, c’est donc bien moins l’anarchie ou le despotisme que l’apathie qui peut créer presque indifféremment l’un ou l’autre."

 

 

Alexis de Tocqueville, De la Démocratie en Amérique. Publication de 1835 à 1840.

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Published by Yves Marion - dans Mes lectures Questions de société
16 août 2017 3 16 /08 /août /2017 13:58

Qu'il soit judicieuxde proposer la lecture de Jean de La Fontaine et de ses fameuses fables à l'école, qui en douterait tant elles sont d'une redoutable pertinence et d'une fraîche actualité?

Les Fables, oui, mais toutes y compris celles où le fabuliste en appelle à Jupiter.

Par exemple, Jupiter et les Tonnerres :

Jupiter, voyant nos fautes,

Dit un jour du haut des airs :

"Remplissons de nouveaux hôtes

Les cantons de l'univers

Habités par cette race

Qui m'importune et me lasse.

 

Ou encore, cette autre fable, Jupiter et le passager inspirée de la fable d'Esope, L'homme qui  promet l'impossible.

Oui, Jean de la Fontaine est vraiment à relire en l'ayant en permanence sous les yeux.

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Published by Yves Marion - dans Mes lectures
15 août 2017 2 15 /08 /août /2017 11:47

La gauche est mouvement.

 

Lors des élections législatives de 1993, la Gauche était défaite et bien défaite ! Les pythonisses de tous genres prédisaient même qu’elle ne s’en relèverait pas. Notons en passant que la proportion de députés RPR et UDF qui allait amener le président Mitterrand à choisir Edouard Balladur comme premier ministre était supérieure à ce que représente aujourd’hui la majorité dite présidentielle. C’est alors qu’un jeune élu appartenant à la nouvelle génération de socialiste prit la plume et publia, aux éditions isoète, à Cherbourg, un petit opuscule qu’il convient de relire aujourd’hui au prisme de l’histoire. Ce jeune élu termina le quinquennat précédent comme Premier ministre. Dans La Politique Retrouvée, tout est dit. Bernard Cazeneuve, en un style aussi concis que précis analyse avec une lucidité mais aussi une honnêteté qui mérite d’être soulignée les raisons de la débâcle.  Pour l’essentiel l’analyse peut être reprise. Quelques exemples : p. 70 « … l’américanisation du système politique français fait son œuvre et menace les équilibres de notre société. Ce n’est pas si loin l’Amérique ! ». Nous étions en 1994 ! Les exemples pourraient être multipliés car chaque analyse est ciselée. Allons à la conclusion : « L’intérêt général doit devenir le seul guide de la puissance publique… Dire ensemble c’est retrouve l’amour de la République, c’est accepter de s’effacer devant l’exigence de l’intérêt général. Seuls, confrontés au miroir de leurs ambitions, les hommes ne s’effacent jamais. Il faut toujours que les institutions les guident ou les supplantent » p. 110-111. A moins de faire en sorte de diminuer le pouvoir des institutions ou de les plier à la volonté d’un seul pouvoir… « Il est des aveuglements partisans, des capitulations ou des scléroses de la pensée politique, de lâches abandons pour séduire alors qu’il faudrait convaincre, qui scellent pour longtemps de sinistres réputations ». Et plus loin : « Pour ne pas en avoir pris l’exacte mesure, ils assistèrent impuissant à la désagrégation de leurs certitudes et au sacrifice de leurs idéaux sur l’autel de l’action gouvernementale, sacralisation de la bourse, orthodoxie monétaire, « euro-béatitude », dérégulation de l’économie, délocalisation des entreprises et des emplois… »  Trop de renoncements ne peuvent qu’impliquer davantage de faiblesse, ouvrant grand la porte aux populismes provenant de la dégénérescence de la démocratie en démagogie qui veut qu’on flatte, en les exaltant, les sentiments et les passions de l’opinion ».

En 1993, la gauche quittait le gouvernement en ayant anéanti l’espérance. L’ardeur à changer la vie était perdue. Aujourd’hui, les pythonisses sont de retour. Mais tant pis pour tous les fossoyeurs en herbe des idéologies de progrès, la gauche est toujours en mouvement. Elle l’est d’autant mieux qu’elle peut s’appuyer sur des valeurs sûres de serviteurs de l’Etat intègres fidèles à leurs convictions. La lecture de ce petit opuscule de Bernard Cazeneuve est incontestablement à recommander. Elle est salutaire ; elle est vivifiante. Elle permet d’espérer car l’espérance indique un chemin à suivre loin des démagogies ambiantes, du superficiel et de la communication du vide pour reprendre une expression de Lipovetski. Le combat n’est jamais fini. L’espérance est le mouvement. La gauche est toujours en mouvement. C’est la gauche en mouvement.

 

Bernard Cazeneuve, La Politique Retrouvée, Cherbourg, Isoète, 1994, 118 p.

LA GAUCHE EST TOUJOURS EN MOUVEMENT
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Published by Yves Marion - dans Mes lectures
7 août 2017 1 07 /08 /août /2017 09:13

Le roman révèle parfois des pépites. Ainsi, par exemple, une certaine vision de l'Histoire dans le Goncourt 2011. Alexis Jenni dans L'art français de la guerre livre une perspective qui, pour le moins rapportée à l'actualité, mérite réflexion.

Les Fantômes nous inspiraient :les problèmes, nous essayons de les confondre avec ceux d'avant, et de les résoudre comme nous avions échoué à résoudre ceux d'avant. Nous aimons tellement la force, tellement depuis que nous l'avons perdue. un peu plus de force nous sauvera, croyons-nous toujours, toujours un peu plus de force que celle que nous disposons. Et nous échouerons toujours encore.

Et le romancier d'ajouter :

Comme nous ne savons plus qui nous sommes, nous allons nous débarrasser de ceux qui ne nous ressemblent pas. nous saurons alors qui nous sommes, puisque nous serons entre ressemblants. ce sera nous. Ce "nous" qui restera, ce sera ceux qui se seront débarrassés de ceux qui ne leur ressemblent pas.

La force et la ressemblance sont deux idées stupides d'une incroyable rémanence ; on n'arrivera pas à s'en défaire. Elles sont deux croyances aux vertus physiques de notre monde, deux idées d'une telle simplicité qu'un enfant peu les comprendre; et quand un homme possède la force est animé d'idées d'enfant, il fait d'effroyables ravages. La ressemblance et la force sont les idées les plus immédiates que l'on puisse concevoir, elles sont si évidentes que chacun les invente sans qu'on les lui enseigne. On peut construire sur ces fondations un monument intellectuel, un mouvement d'idées, un projet de gouvernement qui aura de l'allure, qui tombera sous le sens (l'expression est un présage), mais si absurde et si faux qu'à la moindre application il s'effondrera, écrasant dans sa chute des victimes par milliers. Mais on n'en tirera aucune leçon, la force et la ressemblance n'évoluent jamais... Ce sont des idées d'enfant : les enfants rêvent toujours de plus de force, et ils cherchent à qui ils ressemblent.

 

Alexis JENNI, L'art français de la guerre, Paris, Gallimard, 2011, pp. 475 - 476

 

 

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