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26 mai 2020 2 26 /05 /mai /2020 11:31

Pourquoi me suis-je retiré du conseil d'administration

de la Société d'archéologie et d'histoire de la Manche ?

 

Vous êtes nombreux à vous demander pourquoi ma candidature comme administrateur de la SAHM départementale ne sera pas renouvelée lors de la prochaine assemblée générale.

Interrogation légitime de celles et ceux qui suivent mes recherches et connaissent l’intérêt que je porte depuis de nombreuses années à l’histoire et au fonctionnement de nos sociétés savantes. A ces ami.e.s je dois une explication.

La réponse est simple. Je me suis retiré du conseil d’administration le 14 septembre 2019 aux raisons suivantes adressées à ses présidents et à ses membres.

La Société d’archéologie et d’histoire de la Manche à l’échelon départemental est une association type loi 1901 gérée par un conseil d’administration élu par les adhérents réunis en assemblée générale. Parmi les obligations morales d’un administrateur, il en est une qui est, à mon sens, essentielle. Une qui est le fondement de toutes les autres. Une à propos de laquelle je ne veux jamais transiger. Elle est simple et peut se résumer de la façon suivante : tout en préservant son éthique personnelle, d’être en accord avec la philosophie, les principes et les orientations arrêtées par les adhérents. Or, ne trouvant plus l’esprit, les valeurs, les exigences méthodologiques et scientifiques et un authentique fonctionnement associatif, qui, selon l’idée que je m’en fais, caractérisent le mieux les sociétés savantes dans leur mission essentielle d’éducation et de partage, je préfère me retirer, dès maintenant, du conseil d’administration de la SAHM pour conserver et faire valoir ma totale liberté d’analyse et d’expression. Dans le même temps, pour être cohérent, je me retire également du comité de lecture de la Revue de la Manche.

Cette décision prend effet à la date de ce jour. Elle est purement personnelle. Elle ne saurait appeler d’autres commentaires.

Avec mes sentiments associatifs dévoués.

Fontaine-Etoupefour, le 14 septembre 2019

 

Oui, je vous devais cette clarification. C’est en toute lucidité que cette décision a été prise. Depuis plusieurs années, avec la déontologie qu’exigent les méthodes et les démarches de l’observation et de l’analyse in situ, la structure et le fonctionnement de cette organisation, l’état permanent de tension à la limite de la rupture, les relations internes où la convivialité n’était guère la qualité première, sinon de pure convenance, et surtout l’absence de considération des adhérents toujours maintenus à distance d’un entre-soi affinitaire, m’ont conduit à décider de me retirer. Un groupe social est un système vivant. Quelle que soit sa dimension, sa structure, son organisation, son fonctionnement ou son implantation, générale ou locale, un système qui n’apprend plus de ses erreurs œuvre à  plus ou moins long terme, à sa propre disparition. Tout le monde le sait. Personne ne bouge. Il en est de l’espace public, des associations civiles comme de nos sociabilités érudites.

Six mois se sont écoulés depuis le 14 septembre 2019, un temps suffisant pour me dire que le moment était venu de porter à la connaissance de tous celles et ceux qui me reconnaissent une certaine éthique de l’action collective, une décision exempte de passion, dictée par la seule claire idée du courage. Ce courage, c’est celui du parler vrai des philosophes. Celui du refus des renoncements et des simulacres systématiques ; celui de l’envers des savoir-faux, des paraîtres et de la gesticulation théâtralisée ; celui du refus du story telling, la parole falsifiée et des travestissements ; celui du rejet des morales d’apparence, de ces morales fondées sur la prévalence du principe mercantile où la réputation l’emporte trop souvent sur l’intention désintéressée.

La parrêsia, le courage du dire vrai – et la période que nous traversons ne fait que le conforter – résulte d’un dialogue entre soi et soi. C’est une vertu solitaire, rappelait Jankélévitch, qui se distrait du ventre mou d’une recherche à tout prix du consensuel confondu la plus souvent dans l’affirmation de convivialité ou d'union de circonstance. Accueillons avec la plus grande défiance formules et slogans directement importés du monde de la publicité qui ne sont que jeux de mots ainsi vains que captieux. Sortons des modèles de la médiacratie, de la médiaculture, de la culture du narcissisme, de l’histrionisme, pour retrouver ou inventer de nouveau - réinventer - les fondements et le sens de l’authentique érudition et de la vraie sociabilité.  

Je remercie toutes celles et tous ceux qui m’ont fait l’amabilité de leur soutien dans cette démarche. Cher.e.s ami.e.s, pour autant, mes notes de recherches sur l’histoire de nos sociétés savantes ne resteront ni enfouies ni perdues. Elles seront publiées.  Rendez-vous sur ce blog. Je vous engage à vous y abonner en vous inscrivant à la newsletter http://yvesmarion.over-blog.com/

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Fontaine-Etoupefour le 14 mars 2020, complété le 17 avril 2020

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Published by Yves Marion - dans Recherches historiques